La visite guidée de Moustiers-Sainte-Marie

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur pinterest
Partager sur email
Partager sur whatsapp

La visite guidée du village de Moustiers-Sainte-Marie avec Elsa

Vous vous demandez peut-être pourquoi faire la visite guidée de Moustiers Sainte-Marie?

Moustiers-Sainte-Marie. Un village qui, par sa fameuse étoile, son église chargée d’histoire, ses roches et ses rues n’est pas sans rappeler une crèche provençale. Se plonger dans ses dédales et son exploration revient à ouvrir le livre des secrets cachés de notre belle Provence.

Lieu d’anecdotes et d’histoire, nous avons retrouvé notre guide conférencière devant l’office de tourisme de Moustiers et sommes partis à la découverte de la ville pendant une heure et demie. Voici ce que nous en avons retenu.

Moustiers, village de la faïence.

On peut la voir sur beaucoup de vaisselles, la fameuse signature de Moustiers. Mais peu savent pourquoi  ce village est si réputé dans le domaine.

Tout d’abord, qu’est-ce que la faïence ? Il s’agit d’une technique utilisée en poterie, plus précisément en céramique, consistant à recouvrir la pâte par une glaçure à base de plomb ou d’étain.  Elle tire son nom de la ville italienne de Faenza, dans laquelle elle fut rendue célèbre pour la première fois.

Un peu d’histoire

C’est à l’époque de Louis XIV que la faïence de Moustiers devint célèbre. En effet, la guerre de Trente ans, à laquelle avait déjà pris part l’Espagne, avait un coût. Pour la financer, le roi a pris la décision, passablement sage, de fondre l’intégralité de son argenterie. Mais sans vaisselle, il devient rapidement difficile de vivre convenablement – du moins quand on aime les belles choses, et qu’on est Louis XIV. C’est à ce moment que la faïence de Moustiers a été recommandée à notre cher Roi Soleil, qui s’en est servi pour remplir à nouveau l’intégralité de ses placards !

La cours du roi fonctionnant un peu comme celle des écoles, les nobles ont voulu imiter Louis XIV et se mirent donc à acheter, eux aussi, de la faïence de Moustiers. De fil en aiguille, c’est ainsi qu’à la fin du XVIIe siècle, la faïence de notre petit village se fit un nom.

En 1870, malheureusement, de nouvelles carrières d’argile ont été découverte, et l’entreprise de la faïence périclita subitement. Il faudra attendre les années 1920 et l’arrivée de Marcel Joannon, dit Marcel Provence, pour que les fours soient rallumés. Cet historien, poète et élève de Frédéric Mistral décide de relancer la production de faïence à Moustiers en cette période. C’est également à cet érudit aixois que nous devons le fameux Musée de la Faïence.

La riche histoire de Moustiers.

Il serait difficile – si ce n’est impossible – de narrer toute l’histoire de ce village. Mais quel meilleur moyen de raconter le passé d’un village que de faire la biographie de ses bâtiments ? Tout d’abord, son nom. Moustiers vient du latin Monasterium, qui signifie tout simplement Monastère. Le village est en effet entouré de deux prieurés. Quant à Sainte-Marie, ces mots ont été rajoutés en 1847 en référence symbolique à la Vierge Marie. Ce fut en 1848 que les deux noms furent accolés et que Moustiers devint Moustiers-Sainte-Marie.

Attention où vous marchez !

En vous dirigeant vers la place du village et sa célèbre église, vous tomberez sur une chapelle. Il s’agit de la Chapelle de Saint Anne, construite au XVIe siècle dans le quartier des Paillerols. Même si le cimetière est aujourd’hui adossé à cette-dite Chapelle, il se trouvait jadis sur la place centrale du village. (Donc sous vos pieds)

Au XIVe siècle, le moulin du cimetière était d’ailleurs au centre de l’économie locale et permettait aux 2000 habitants du village de vivre. Il y a avait d’ailleurs une dizaine de moulins de ce type à Moustiers.
Jusqu’à l’époque où la faïence se perdit, bon nombre de poteries et de tanneries furent créées à travers la ville. Nous pouvons encore en voir aujourd’hui, mais la majorité de celles encore en fonctionnement ont été fondées après l’arrivée de Marcel Provence.

Notre Dame de l’Assomption et le clocher qui danse

Elle est la pierre précieuse de Moustiers.  Cette église, érigée au XIIe siècle, est aussi célèbre que son fameux clocher. Classée monument historique en 1913, elle est l’égérie de plusieurs siècles d’art et d’architecture. De style roman Lombard, qui est le premier âge roman, il s’agit également d’un des seuls clochers mouvant d’Europe. Ça signifie tout simplement que le tintement de sa cloche faisait vibrer l’intégralité de l’édifice, ce qui lui a valu le surnom de « Clocher qui danse ». C’est l’architecture particulière de l’église qui lui aura permis et lui permet toujours, de tenir debout.  Effectivement, au XVIIe, Jean de Bertet, le Prieur de Moustiers décide de renforcer la tour par des poutres à l’intérieur et des clefs de fer à l’extérieur. Mais certaines légendes disent que, lorsque l’on prête une oreille attentive, dans un silence absolu, le clocher vibre toujours.

L’intérieur de l’église

Entrons maintenant à l’intérieur de cette fameuse église paroissiale. La nef vous frappera à l’œil, tant son architecture renvoie à cette belle période qu’est le Roman Provençal – rien que ça. Construite de cinq travées, chacune gardée d’une voûte en berceau qui révèle leur courbures, c’est une architecture douce que nous livre cette église.

Comme un choc des générations

Le chœur, quant à lui, apporte du caractère à l’édifice. En 1336, le Prieur Pierre de Pratis, le reconstruit en style Gothique. L’autel détient à lui tout seul toute une histoire. Il est construit à partir d’un sarcophage longtemps considéré comme sans valeur, datant du Ve siècle (l’autel est donc plus objectivement plus vieux que le reste de l’église). Il est entouré de deux colonnes, chacune surmontée d’un chapiteau orné de feuilles d’acanthes. Ce sont des feuilles de chêne et de figuier.
Le vitrail coloré que l’on peut apercevoir dans la chapelle date lui du XIXe siècle. Il représente un soleil à seize raies (qui rappelle une des théories sur l’étoile du village) et a été offert par la famille de Blacas de Aups.
Cet édifice se présente donc comme un représentant de plusieurs styles, de plusieurs époques, de plusieurs générations. Entre le Roman et le Gothique, c’est un bâtiment surprenant et intemporel qu’il est bon de découvrir sous le beau ciel bleu de la Provence.

Que voir d’autre ?

Nous ne pouvons parler du patrimoine architectural de Moustiers sans évoquer la chapelle Notre-Dame de Beauvoir. Il vous faudra gravir près de 300 marches pour atteindre cet édifice enclavé dans la roche. Autrefois temple marial, cette chapelle fut bâtie au XIIé siècle, dans la lignée de l’église paroissiale. Comme beaucoup de monuments religieux de la région provençale, les légendes autour de cette chapelle foisonnent et alimente encore aujourd’hui l’imagination de beaucoup de rêveurs. Elle est, elle aussi, classée monument histoirique depuis 1921.

La légende de l’étoile de Moustiers

Même si elle est unique en son genre, il n’y a pas eu dans l’histoire qu’une seule étoile à Moustiers. Celle que vous pouvez voir pendue à une chaine au-dessus du village a été réalisée par Mr. Bourjac et n’est pas l’originale.
Il n’existe aujourd’hui aucune explication à la présence de cette étoile au-dessus de nos têtes, mais trois théories principales s’affrontent – parmi une multitude d’autres. Les premières gravures faisant mention de l’étoile datent du XVe siècle !

Un symbole chevaleresque

La première nous est livrée par Frédéric Mistral, dans son poème La cadeno de Moustié. Il nous y conte l’histoire d’un seigneur de la famille Blacas, fit prisonnier au XIIIe siècle. Il aurait prié la Sainte-Vierge sans répit, promettant s’il était libéré de tendre au-dessus du village une étoile à seize raies, l’emblème de sa famille. Aujourd’hui, l’étoile n’en compte plus que cinq et personne ne sait si elle en a un jour véritablement porté plus.

Un accent shakespearien

D’autres personnes y voient le résultat d’un amour impossible entre deux jeunes venant de familles rivales. Je parle bien ici de Roméo et Juliette, les amants maudits, ceux qui n’auraient pas dû s’aimer.

Ça doit faire mal

Nous pouvons également citer la version plus terre-à-terre (bien que tout soit relatif). Moustiers étant bâti au milieu des roches, les villageois auraient érigé cette étoile par superstition. En effet, cette bonne étoile – dans tous les sens du terme – pourrait être le fruit d’un souhait inespéré contre… Les chutes de pierres. On ne sait pas, ça peut faire de gros dégâts ces choses-là.

Je pense que nous ne connaitrons jamais la véritable histoire de cette étoile mythique. Mais une chose est sûre, elle n’en a pas fini de nourrir l’imagination de beaucoup. Certains y voient un signe religieux, d’autres le résultat d’un amour impossible, ou encore le symbole d’un espoir chevaleresque. Beaucoup d’ouvrages sur la question ont été rédigés à travers les années, tous passablement plausibles et superbement trouvés. Mais le mieux serait encore de venir écrire votre propre version de cette histoire en venant admirer l’Etoile de Moustiers.

La suite de la visite

Il faut sortir de la place pour admirer le Lavoir du village. Ce dernier servait encore il y a 15 ans, comme l’explique une villageoise qui avait pour habitude d’y laver son linge. Les lavoirs étaient à l’époque des lieux de rassemblement, et on peut aisément imaginer les villageois s’y retrouver et papoter.

Sur la place Pomey (nom d’un mathématicien de la région) à côté de ce lavoir se trouve un restaurant nommé Lou Roucas. Il porte ce nom pour la bonne et simple raison qu’un rocher était tombé et s’était écrasé dessus (j’espère que l’étoile ne fut pas érigée contre les chutes de pierre, il serait triste de savoir qu’elle ne sert à rien).

Ne le répétez à personne…

Pour ceux voulant découvrir un petit coin de paradis perdu, empruntez le sentier de pierre menant vers le Riou. Vous y découvrirez une splendide cascade située à l’ouest du village. Au printemps, cette dernière se déverse dans une piscine naturelle dans laquelle il fait bon se baigner lors d’une chaude journée. C’est un endroit peu connu car certainement gardé secret. Il contribue à donner un peu plus de mystère à ce village unique et grandiose par la richesse de l’histoire qu’il a à nous transmettre.

Elsa doit déjà nous quitter. Décidément, cette visite est passée trop vite. Toutes ces histoires provençales en appellent d’autres. Pourquoi pas l’histoire du village abandonné de Chateauneuf les Moustiers? Un peu de patience! Ce sera dans un prochain article…